Il y a des périodes de la vie où nos repères vacillent. Un deuil, une séparation, un changement profond, une épreuve inattendue peuvent bouleverser ce que nous pensions stable et nous obliger à chercher, parfois lentement, une nouvelle façon d’avancer.
C’est autour de cette question que s’est tenue l’une des premières soirées thématiques entre les membres de la fédération Edelweiss, ces temps d’échange initiés pour croiser expériences, connaissances et regards autour des élixirs floraux… pour être plus tard partagés avec vous, passionnées de fleurs comme nous.
Le thème choisi était immense : la résilience. La résilience : bien plus que « rebondir »
Le mot « résilience » provient du domaine de la physique des matériaux. En psychologie, il désigne aujourd’hui, selon l’American Psychological Association, le processus et le résultat d’une adaptation réussie face à des expériences difficiles, notamment grâce à une certaine flexibilité mentale, émotionnelle et comportementale.
Cette capacité dépend de nombreux facteurs : notre manière d’appréhender ce qui nous arrive, nos ressources personnelles, mais aussi la qualité de nos liens et des soutiens qui nous entourent.
La résilience n’est donc ni l’absence de souffrance, ni une invulnérabilité. Elle ne signifie pas non plus «tenir coûte que coûte ». La douleur et la tristesse peuvent parfaitement être présentes dans un processus de résilience.
Elle pourrait plutôt se raconter à travers quelques verbes :
* Ressentir
* Se soutenir
* Retrouver son axe
* S’adapter. Se transformer
* Redonner du sens.
Et c’est précisément là que la rencontre avec les fleurs et d’autres élixirs devient intéressante. Les différentes traditions d’élixirs floraux ont développé leur propre lecture des états émotionnels et des passages de l’existence.
Dans le système du Dr Edward Bach, par exemple, Walnut / Noyer est la fleur pour se sentir protégé et soutenu lors de changements, et pour être capable d’adaptation quand on perd ses repères. Star of Bethlehem / Étoile de Bethléem est, quant à elle, associée au choc, au chagrin et au sentiment de perte ; elle apporte un recentrage et un apaisement.
Et Sweet Chestnut / Châtaignier correspond aux moments d'angoisse extrême où une personne a le sentiment d'avoir atteint la limite de son endurance.
Considérons ces fleurs de Bach comme des portes d'entrée pour réfléchir aux différentes dimensions de la résilience. La résilience ne consiste pas seulement à traverser le moment du choc mais à retrouver son intégrité et son axe. Pour cela, il est essentiel d’accueillir ce qui a été vécu sans se laisser entièrement définir par ce qui s’est passé.
Lors de notre échange, plusieurs élixirs contemporains ont été évoqués.
Dans l'approche développée par Philippe Deroide, l’Amarante est associée au dépassement de soi face à une souffrance intense ; l’Échinacée à l’intégrité et à la reconstruction du sentiment d’identité ; la Passiflore au pardon et à la compassion, y compris envers soi-même.
Trois fleurs, trois mouvements possibles : traverser, se retrouver, puis peut-être se réconcilier. Nous ne revenons pas à l’état dans lequel nous étions avant une épreuve. Parfois, avancer signifie se réorganiser autrement.
Accueillir les émotions plutôt que les faire taire
Devenir résilient signifie, tout d’abord, accepter les émotions inconfortables. La colère, la tristesse, la peur, le ressentiment ou le découragement font partie du chemin. Nous avons évoqué différentes fleurs associées à ces états dans leurs systèmes respectifs.
Pour la COLÈRE, Holly, Mimulus écarlate et Notro trouvent leurs « collègues australiens » dans Mountain Devel, Rough Bluebell, Dagger Hakea et Slender rice flower.
Pour la notion plutôt vaste de TRISTESSE, nous connaissons tous un grand nombre d’élixirs comme les fleurs de Bach Mustard, Sweet Chestnut ou Gorse. Et parmi les fleurs contemporaines, la BOURRACHE nous invite à relever la tête vers notre propre étoile avec courage. Les fleurs de deuil comme AUBEPINE nous appellent aussi directement.
Ceci, sans considérer les aspects de résignation, de découragement, d’apathie et de nostalgie, fortement liés à l’émotion de la tristesse.
Parmi les fleurs du Bush, Sturt Desert Pea soutient la traversée du deuil, le chagrin profond et la tristesse ancienne gardée en soi. La peine laisse place à la motivation à avancer.
Calophyllum est la fleur du Bush qui, selon Ian White, apporte « une qualité d’ancrage qui favorise la détermination, la concentration et la résolution de continuer à avancer avec intention et résilience. »
Nos émotions demandent qu'on les entende, qu'on reconnaisse ce qu'elles expriment et qu'on retrouve progressivement la possibilité du mouvement.
Notre voyage nous a ensuite conduits vers les Andes. Dans son approche, Vincent Belbèze présente cinq figures offrent une lecture particulièrement évocatrice de la résilience :
* Pingouin nous parle d'adaptation et de régulation émotionnelle sous pression.
* Puma évoque l'axe, les limites et la structure intérieure.
* Grenouille nous rappelle la nécessité de ressentir plutôt que de tout contenir.
* Papillon introduit la notion de transformation : traverser une crise implique parfois d'accepter que quelque chose change.
* Enfin, Condor apporte la hauteur et la perspective nécessaires pour chercher du sens à ce qui a été traversé.
Au-delà des indications particulières données à ces élixirs dans ce système, leur succession constitue presque une cartographie intérieure : *Ressentir → retrouver son axe → s'adapter → se transformer → donner du sens*. Elle rappelle également quelque chose d'essentiel : s'endurcir n'est pas devenir résilient. La distinction entre la capacité à traverser une émotion et la rigidité ou le refoulement est une clé de compréhension.
L'Épilobe : la vie après le bouleversement
Parmi toutes les plantes évoquées au cours de la rencontre, l'Épilobe offre une image particulièrement forte. Notre voyage nous emmène jusqu'en Alaska et vers le travail de Steve Johnson sur différentes variétés d'épilobes dans les Alaskan Essences. Fireweed, Red Fireweed et Dwarf Fireweed sont notamment présentés dans cette approche autour des notions de choc, de transition et de transformation. Dans nos fleurs contemporaines, l’Épilobe de DEVA, est également associée à la régénération et au détachement de fonctionnements anciens.
L'Épilobe nous offre ainsi une belle métaphore : La terre a été bouleversée. Et pourtant, quelque chose peut à nouveau pousser. Rien et personne ne peut effacer ce qui s'est produit, ni prétendre que l'épreuve était nécessaire, mais le vivant possède une extraordinaire capacité à reprendre son mouvement.
L’épilobe nous transmet un autre message fort : Nous ne sommes pas résilients seuls … comme une plante ne pousse jamais véritablement seule. Elle dépend d'un sol, de l'eau, de la lumière, du climat et de tout un écosystème vivant. Il en va aussi de notre résilience.
Nos relations, notre environnement et les ressources auxquelles nous avons accès contribuent à notre capacité d'adaptation. La psychologie contemporaine souligne l'importance de ces ressources sociales. La résilience ne devrait donc jamais devenir une nouvelle injonction, comme toutes ces imprégnations que nous connaissons tous : « Sois fort. », « Relève-toi. », « Cette épreuve te rendra plus fort. », etc.
Le processus de résilience demande du temps. Les élixirs de tous les règnes permettent d’accompagner les émotions à chaque étape du chemin de la résilience. Ils ne remplacent pas un diagnostic, une psychothérapie ou un traitement médical lorsque ceux-ci sont nécessaires.
Cet échange n'avait pas pour ambition d'établir une liste exhaustive des « élixirs de la résilience ». Des fleurs de Bach aux élixirs contemporains, du Bush australien aux Andes, jusqu'à l'Alaska et aux élixirs d'abeille, les propositions sont multiples.
La demande initiale reste, du début à la fin, la même : ne pas nier ce qui nous traverse, retrouver progressivement un point d'appui, accepter le changement et laisser émerger une nouvelle manière d'habiter notre vie. Comme l'Épilobe après le bouleversement, la résilience nous invite à découvrir ce qui, en nous, "pousse" à nouveau ou autrement. Le chemin de résilience est surprenant, riche et parfois magique.
Et n'oublions pas que, pour les moments de crise, il y a la belle fleur d'angélique, le "Rescue" et plein d'autres propositions… mais ce thème sera le sujet d'un prochain article.

